Doctrine incendie • InfoPompiers

La MGO incendie, ou Marche générale des opérations, structure les principales actions conduites lors d’un incendie de structure. Elle fournit un cadre commun au commandant des opérations de secours (COS) et aux intervenants : reconnaître, maîtriser les flux gazeux, sauver, lutter contre le feu, établir les moyens hydrauliques, protéger, déblayer, surveiller et préparer le retour à une situation stabilisée.

À retenir : la MGO n’est pas une suite d’étapes rigides. Certaines actions sont simultanées, complémentaires ou permanentes. Leur ordre, leur intensité et leur combinaison dépendent de la situation, des enjeux, des risques et du raisonnement tactique du COS.

Qu’est-ce que la MGO incendie ?

La Marche générale des opérations de lutte contre l’incendie est présentée dans le Guide de doctrine opérationnelle (GDO) consacré aux interventions sur les incendies de structures. Le GDO fixe un cadre doctrinal commun ; les Guides de techniques opérationnelles (GTO) détaillent les méthodes et techniques permettant d’atteindre les objectifs opérationnels.

La MGO sert donc de trame de lecture et d’action. Elle ne dispense ni de la reconnaissance permanente, ni du raisonnement tactique , ni de l’adaptation aux règles et moyens du service d’incendie et de secours concerné.

La MGO incendie en un coup d’œil

Les onze composantes ci-dessous reprennent l’architecture du GDO « Interventions sur les incendies de structures » actuellement diffusé sur InfoPompiers.

1. Les reconnaissances

La reconnaissance consiste à évaluer la situation afin de comprendre le sinistre, les enjeux menacés, les risques et les possibilités d’action. Elle alimente directement le raisonnement tactique du COS et doit se poursuivre pendant toute l’intervention.

Reconnaissance précoce Identifier rapidement ce à quoi les secours sont confrontés, repérer les victimes ou personnes menacées, apprécier les propagations possibles et engager les premières réactions adaptées.
Reconnaissance permanente Réévaluer l’évolution du feu, l’efficacité des actions engagées, les risques pour les intervenants et les tiers, ainsi que les besoins en moyens.

Selon la situation, les reconnaissances peuvent être initiales, secondaires ou complémentaires, puis finales. Elles peuvent également s’appuyer sur des méthodes de lecture et d’exploration adaptées, notamment la reconnaissance incendie , le moyen mnémotechnique AIDES ou le marquage des portes .

La reconnaissance ne se limite pas à « voir le feu ». Elle vise aussi à comprendre le bâtiment, les accès, les personnes présentes, les fumées, la ventilation, les propagations, les risques d’effondrement et les itinéraires de repli ou de secours.

2. La ventilation opérationnelle

La ventilation opérationnelle regroupe les actions destinées à maîtriser les flux gazeux et thermiques dans et autour de la structure. Elle agit sur les entrants d’air, les sortants de fumées et, selon la tactique retenue, sur le déplacement des gaz de combustion.

Trois objectifs principaux sont distingués : protéger un volume, désenfumer un volume enfumé et attaquer en combinant la maîtrise des flux avec l’action sur le foyer.

Protéger Limiter l’envahissement d’un volume par les fumées, notamment par le contrôle des ouvrants, la mise en surpression ou d’autres techniques adaptées.
Désenfumer Évacuer les fumées d’un volume qui n’est plus directement soumis au feu, ou qui n’est pas lui-même le siège de l’incendie.
Ventiler pour attaquer Créer et maîtriser un flux favorable à l’action des équipes lorsque la configuration et les conditions le permettent.
Antiventiler Réduire au maximum l’apport d’air au foyer et combiner cette maîtrise du comburant avec une action hydraulique adaptée.
Point de vigilance : la ventilation d’attaque n’est pas une action automatique. La localisation du sortant, le vent, le régime du feu et le risque de phénomènes thermiques doivent être appréciés avant sa mise en œuvre.

Pour approfondir les conditions d’emploi, limites et techniques associées, consultez le GTO Ventilation opérationnelle .

3. Les sauvetages

Le sauvetage concerne une personne soumise à un danger vital immédiat qui ne peut pas s’y soustraire seule. Il constitue une priorité opérationnelle et peut imposer des actions préalables ou concomitantes sur le feu, les fumées ou les accès afin de rendre le sauvetage réalisable.

Sauvetages à vue

Lorsque la victime est visible depuis l’extérieur, les moyens d’accès et d’extraction sont choisis selon la configuration : communications existantes, échelles à main, moyens élévateurs aériens ou LSPCC .

Sauvetages en exploration

Lorsque l’accès impose une progression à l’intérieur de la structure, l’équipe doit tenir compte de la chaleur, des fumées, du risque d’effondrement, de la visibilité et des possibilités de repli. Une ligne de vie ou une ligne guide peut être nécessaire selon l’environnement et la méthode d’engagement.

Les techniques de sauvetage et de mise en sécurité sont détaillées dans le GTO Sauvetages et mises en sécurité .

4. Les actions contre le feu

Les actions contre le feu regroupent plusieurs tactiques dont le choix dépend du développement du sinistre, de sa ventilation, des enjeux, des possibilités d’accès, des moyens hydrauliques disponibles et de la balance entre bénéfices attendus et risques pour les intervenants.

Propagations externes Agir sur la source, réduire le rayonnement, refroidir les éléments exposés ou éloigner des combustibles susceptibles d’être atteints.
Propagations internes Limiter la progression dans la structure par l’action hydraulique, le cloisonnement, la maîtrise des flux et les moyens constructifs disponibles.
Attaque massive depuis l’extérieur Employer des moyens hydrauliques importants depuis une position défensive lorsque l’engagement intérieur n’est pas justifié ou devient trop dangereux.
Attaque d’un feu naissant Agir directement et rapidement sur un foyer encore limité lorsque les conditions permettent une action offensive sûre.

Attaque avec ventilation positive

Dans certaines configurations, une ventilation par pression positive peut améliorer les conditions d’accès, canaliser les fumées et favoriser l’action des équipes. Elle suppose toutefois une maîtrise du cheminement des flux et une lecture rigoureuse de la situation. En particulier, un vent défavorable, un feu sous-ventilé ou un sortant mal positionné peuvent modifier fortement le risque.

Attaque en antiventilation

L’antiventilation d’attaque vise à réduire fortement l’apport de comburant au foyer tout en menant une action hydraulique. Le recloisonnement, les ouvertures brèves et maîtrisées et l’inertage par vaporisation de l’eau peuvent participer à cette tactique. Elle exige une coordination précise et une bonne maîtrise de la progression en milieu enfumé.

Attaque d’atténuation ou attaque transitoire

L’attaque d’atténuation, parfois appelée attaque transitoire ou attaque de temporisation, est réalisée depuis l’extérieur sur un feu proche du flashover ou pleinement développé. Son objectif n’est pas d’éteindre immédiatement l’incendie, mais de réduire très rapidement sa puissance avant l’action intérieure.

Le GTO « Établissements et techniques d’extinction » précise que le débit doit être adapté à la situation et indique 250 L/min comme minimum pour cette technique, avec une portée suffisante pour atteindre le plafond du volume concerné. L’application doit rester proportionnée afin de ne pas provoquer des dégâts des eaux inconsidérés.

Repli défensif

Lorsque la progression ne peut plus être conduite en sécurité ou que l’action devient inefficace face à la puissance du feu, l’équipe doit pouvoir se replier vers une position plus défensive. Ce repli peut être conduit sous refroidissement des fumées ou sous protection hydraulique selon la situation.

Doctrine et technique : les tactiques d’attaque ne se résument pas à un débit ou à un type de jet. Leur choix repose sur la lecture du feu, la maîtrise des flux, les enjeux, les moyens disponibles et les règles d’engagement du SIS.

Pour les techniques de lances, les établissements et l’attaque d’atténuation, consultez le GTO Établissements et techniques d’extinction . Sur les actions de protection par écran d’eau, voir également l’article InfoPompiers consacré à la lance écran .

5. Les établissements

Les établissements permettent d’acheminer l’agent extincteur jusqu’au point où il doit être appliqué. Ils sont adaptés à la mission, à la cinétique de l’intervention, au cheminement disponible, à la ressource en eau et au potentiel physique des équipes.

Un établissement efficace doit répondre au besoin opérationnel rapidement, en sécurité et avec une économie de personnel et d’efforts, tout en anticipant une éventuelle prolongation ou évolution de la manœuvre.

Les méthodes d’établissement, le choix des tuyaux, les ordres d’exécution et les techniques d’extinction associées sont développés dans le GTO Établissements et techniques d’extinction .

6. La protection

La protection vise à limiter les conséquences de l’incendie et de l’intervention sur les personnes, les biens, le patrimoine, l’activité économique et l’environnement. Elle ne concerne donc pas uniquement les effets directs des flammes : fumées, eaux d’extinction, coupures de fluides et effluents peuvent également provoquer des dommages importants.

Protéger des effets du sinistre Limiter l’exposition au feu, aux fumées, au rayonnement et aux propagations.
Protéger des effets de l’intervention Limiter les dégâts des eaux, préserver des biens prioritaires et gérer autant que possible les conséquences des moyens engagés.

La protection peut aussi concerner l’environnement : confinement ou récupération des eaux d’extinction, canalisation de certains écoulements, mesures sur des polluants liquides ou gazeux et coordination avec les services compétents.

7. Les déblais

Les déblais facilitent l’extinction complète, permettent d’accéder aux zones résiduelles de combustion et réduisent le risque de reprise du feu.

Cette phase reste exposante : structures fragilisées, objets instables, coupures, brûlures, fumées et dépôts toxiques peuvent persister alors même que l’intensité opérationnelle semble avoir diminué. La fatigue accumulée au cours des phases initiales doit également être prise en compte.

Le port des équipements de protection adaptés et la prévention de l’exposition aux contaminants restent des enjeux pendant les déblais. La fin des flammes visibles ne signifie pas la fin du risque.

8. La surveillance

La surveillance vise à prévenir une reprise du feu et à éviter l’exposition de tiers aux dangers résiduels. Elle doit être dimensionnée avec des moyens permettant de réagir si la situation évolue défavorablement.

Le gardiennage d’un site n’est pas, en lui-même, une mission du SIS. En revanche, le COS doit signaler les dangers persistants et éclairer les responsables concernés sur les mesures à prendre avant le désengagement complet des secours.

9. Le relogement

Lorsqu’un logement ou un ensemble de logements devient inutilisable du fait de l’incendie, des fumées, des suies, d’un problème de stabilité ou de l’interruption durable de certains réseaux, la question du relogement doit être identifiée suffisamment tôt.

Le relogement relève de la responsabilité du directeur des opérations de secours (DOS). Le COS contribue à cette prise en compte en faisant remonter rapidement les conséquences prévisibles du sinistre sur l’habitabilité et les besoins des personnes concernées.

10. La réhabilitation des hommes et le reconditionnement du matériel

La réhabilitation vise à maintenir le potentiel opérationnel des intervenants pendant les opérations prolongées ou éprouvantes. Elle peut nécessiter un emplacement dédié, une organisation des relèves, de l’hydratation, du repos, une surveillance de l’état des personnels et des moyens adaptés au contexte.

Le reconditionnement du matériel est engagé dès que possible sur l’opération puis poursuivi au retour au centre. Il prend une importance particulière pour les matériels et équipements exposés aux fumées, suies et autres contaminants.

Pour approfondir la prévention des expositions, consultez le guide de doctrine relatif à la toxicité des fumées d’incendie et le GTO Engagement en milieu vicié .

11. La préservation des traces et indices

La préservation des traces et indices contribue à mieux comprendre l’origine et la propagation du feu, à répondre aux besoins des enquêtes et des assurances et à améliorer le retour d’expérience.

Cette préservation doit rester compatible avec les impératifs de secours et d’extinction. Elle implique notamment de :

  • observer et mémoriser l’état des lieux et les éléments remarquables ;
  • éviter les dégradations inutiles lorsque la situation le permet ;
  • adapter ou temporiser certaines opérations de déblais lorsque cela est compatible avec la sécurité ;
  • limiter la contamination de la scène sans compromettre les opérations de secours.

Ressources InfoPompiers pour approfondir la MGO incendie

GDO – Interventions sur les incendies de structures

Le document doctrinal de référence dont est issue la Marche générale des opérations présentée dans cet article.

Accéder au GDO →
GTO – Ventilation opérationnelle

Objectifs, tactiques, dispositifs, limites et situations particulières de maîtrise des flux gazeux.

Accéder au GTO →
GTO – Établissements et techniques d’extinction

Établissements, moyens hydrauliques et techniques d’application de l’eau, dont l’attaque d’atténuation.

Accéder au GTO →
GTO – Sauvetages et mises en sécurité

Échelles, moyens élévateurs, LSPCC et techniques de sauvetage ou de mise en sécurité.

Accéder au GTO →
Fiche – Reconnaissance incendie

Support synthétique pour approfondir la lecture de la situation et les reconnaissances sur feu de structure.

Accéder à la fiche →
Fiche – MGO lutte contre l’incendie

La fiche PDF de synthèse à conserver comme aide à la révision de la Marche générale des opérations.

Télécharger la fiche →

Questions fréquentes sur la MGO incendie

Que signifie MGO chez les sapeurs-pompiers ?

MGO signifie Marche générale des opérations. Pour l’incendie de structure, elle regroupe les principales composantes qui structurent l’action des secours, de la reconnaissance à la préservation des traces et indices.

La MGO incendie doit-elle être suivie dans un ordre strict ?

Non. Plusieurs actions peuvent être simultanées, permanentes ou interdépendantes. Le COS adapte leur ordre et leur combinaison à la situation, aux risques, aux enjeux et aux moyens disponibles.

Quelle différence entre un GDO et un GTO ?

Un GDO fixe un cadre doctrinal et des principes communs. Un GTO décrit des méthodes et techniques opérationnelles permettant d’atteindre les objectifs définis par la doctrine.

Où télécharger le GDO incendies de structures ?

InfoPompiers propose une fiche dédiée au GDO « Interventions sur les incendies de structures », avec son téléchargement et son sommaire détaillé.

Quels documents complètent utilement la MGO incendie ?

Les GTO Ventilation opérationnelle, Établissements et techniques d’extinction, Sauvetages et mises en sécurité et Engagement en milieu vicié complètent directement plusieurs composantes de la MGO.

Dernière mise à jour : 16 septembre 2026. Contenu révisé à partir du GDO « Interventions sur les incendies de structures » et des GTO associés disponibles dans la documentation InfoPompiers.