Évacuation incendie en ERP : réglementation et organisation
Une évacuation efficace dépend autant du bâtiment et de ses dégagements que de la manière dont les occupants perçoivent le danger, interprètent les signaux et prennent une décision. Cette analyse croise réglementation française, recherches sur le comportement humain et retours d’expérience.
L’essentiel en 30 secondes
- L’alarme ne provoque pas mécaniquement un départ immédiat.
- Le délai de compréhension et de décision peut peser davantage que le trajet.
- Les occupants utilisent souvent une sortie familière plutôt que la plus proche.
- Le personnel visible et formé constitue un déclencheur majeur de l’évacuation.
- La stratégie peut combiner évacuation, transfert, mise à l’abri préalable et assistance.
1. Comprendre l’évacuation incendie
Lorsqu’un incendie survient dans un établissement recevant du public ou dans une entreprise, l’efficacité de la mise en sécurité joue un rôle décisif. Prévention, anticipation, architecture et organisation humaine forment un ensemble indissociable.
Le comportement des occupants ne se résume jamais à une équation « stimulus = réaction immédiate » ou « alarme = départ ». Le déplacement peut être étudié comme un flux, avec une vitesse, une densité et un débit. Il faut aussi intégrer les décisions individuelles, les relations sociales et les informations disponibles.
Un occupant se définit par son emplacement, le moment, son activité et son rôle dans l’établissement. Un salarié, un visiteur, un enfant, un patient ou un responsable ne disposent ni des mêmes informations ni des mêmes capacités d’action.
Occupants
Perception, expérience, capacités physiques et cognitives, liens sociaux, activité, décisions et actions.
Bâtiment
Usage, architecture, dégagements, compartimentage, signalisation, SSI, éclairage et organisation.
Incendie
Localisation, vitesse de développement, fumées, toxicité, chaleur, visibilité et cheminements menacés.
Les conditions réelles de la mise en sécurité
Chaque composante agit sur les deux autres. Une procédure crédible doit donc être adaptée au bâtiment, à ses occupants et aux scénarios de feu envisagés.
Les causes possibles d’une évacuation
Les évacuations d’établissements sont relativement courantes et peuvent être décidées par précaution, avant même qu’une urgence absolue soit confirmée.
2. Réglementation de l’évacuation incendie dans les ERP
Un dégagement est toute partie de la construction permettant le cheminement des occupants : porte, sortie, issue, circulation horizontale, escalier, couloir ou rampe.
Dans l’analyse réglementaire d’un ERP, les dégagements s’inscrivent dans un ensemble plus large comprenant la construction, le désenfumage, l’éclairage et les moyens de secours. La méthode CL.I.C.D.V.C.R.E.M. permet de replacer ces éléments dans une lecture globale de la sécurité incendie.
L’article R.143-4 prévoit l’évacuation rapide et en bon ordre de la totalité des occupants, ou leur évacuation différée lorsque celle-ci est nécessaire. L’article R.143-7 intègre les sorties, les espaces d’attente sécurisés et la mise à l’abri préalable.
Les dégagements doivent être répartis afin de permettre une évacuation rapide, rester libres et éviter les culs-de-sac. La formation aux conditions de circulation porte notamment sur les issues, les dégagements et les consignes à appliquer en cas de sinistre, conformément aux articles R.4141-11 et R.4141-12 du Code du travail.
Les différents dégagements
| Type | Définition |
|---|---|
| Dégagement normal | Compte dans le nombre minimal imposé et peut être utilisé par le public pendant l’exploitation. |
| Dégagement de secours | Dégagement normal qui, pour des raisons d’exploitation, est principalement utilisé lors d’une évacuation. |
| Dégagement accessoire | Peut être exigé lorsque la répartition des dégagements normaux est insuffisante. |
| Dégagement supplémentaire | Existe en surnombre par rapport aux dégagements réglementairement imposés. |
La notion d’unité de passage
La largeur de passage des dégagements est exprimée en unités de passage. Elle doit rester proportionnée au nombre de personnes appelées à les utiliser.
3. Le processus d’évacuation
Le processus commence bien avant que les personnes marchent vers une sortie. Il comprend la perception, l’interprétation, les décisions, les actions préparatoires et le déplacement vers une zone sûre.
Détection d’un signal
Alarme sonore ou visuelle, fumée, odeur, flammes, témoin, coupure électrique ou arrivée des secours.
Réception et attention
Le signal doit atteindre un sens, puis émerger parmi le bruit, l’activité et les autres informations.
Identification
L’occupant cherche à comprendre à quoi correspond le signal reçu.
Interprétation et crédibilité
Il évalue la réalité de la menace, sa localisation et sa propre exposition.
Recherche éventuelle d’informations
Il observe les autres, interroge le personnel, recherche de la fumée ou attend une confirmation.
Actions préparatoires
Prévenir, aider, chercher des proches, récupérer un objet, appeler les secours ou tenter une première action sur le feu.
Choix d’une action protectrice
Évacuer, rejoindre une zone protégée, attendre une instruction ou assister une autre personne.
Déplacement et réévaluation
L’occupant progresse vers une zone sûre et peut modifier son itinéraire selon les fumées, les flux et les nouvelles consignes.
Une personne peut revenir en arrière dans le processus, chercher une nouvelle confirmation ou changer de décision. Une alarme entendue n’est donc pas nécessairement comprise, crue et suivie d’une action.
Les actions de pré-évacuation
Après avoir interprété la situation, un occupant ne se dirige pas obligatoirement vers une sortie. Avant son premier déplacement, il peut :
- Prévenir les autres
- Enquêter sur l’origine du signal
- Rechercher un extincteur
- Appeler les secours
- Mettre son manteau
- Se réveiller et s’habiller
- Poursuivre momentanément son activité
- Chercher ses proches
- Enregistrer son travail
- Aider une autre personne
Ces actions ne sont pas forcément irrationnelles. Elles correspondent souvent à l’information partielle dont dispose l’occupant, à son rôle, à ses liens sociaux et à sa perception encore faible du danger.
Déplacement, vitesse et flux
Une fois la décision prise, la durée de déplacement dépend de la distance réelle, des capacités individuelles, de la nature des cheminements, de la densité, des convergences, des escaliers, de la visibilité et des obstacles. Le flux correspond au nombre de personnes traversant une largeur donnée par unité de temps. Il ne constitue jamais une valeur universelle : il évolue avec la population et la configuration.
4. Les deux horloges de l’évacuation : ASET et RSET
Pour qu’une stratégie soit sûre, le temps disponible avant l’apparition de conditions intenables doit rester supérieur au temps nécessaire pour atteindre une zone sûre, avec une marge de sécurité.
Composition du temps nécessaire
Détection, alarme, compréhension, préparation
Cheminement, densité, portes, escaliers, assistance
sécurité
Une évacuation sûre exige une marge de sécurité positive entre le temps disponible et le temps requis.
Chaque occupant possède en réalité son propre ASET et son propre RSET, selon son emplacement, son aptitude, son cheminement et son exposition. Une moyenne globale peut masquer la situation des personnes les plus lentes ou les plus exposées.
Le trajet n’est qu’une partie du temps total. L’organisation peut agir fortement sur la détection, la levée de doute, la transmission d’un message crédible, l’interruption de l’activité et la prise de décision.

Beverly Hills Supper Club, 1977
165 victimes – un délai critique avant l’ordre d’évacuation.
Le 28 mai 1977, entre 2 400 et 2 800 personnes se trouvent dans ce complexe américain, dont environ 1 300 dans la salle de cabaret. Le feu, découvert dans la Zebra Room vers 20 h 50, n’entraîne pas immédiatement une évacuation générale efficace. Vers 21 h, Walter Bailey monte sur scène pour annoncer l’incendie ; une partie du public pense que l’intervention appartient au spectacle. La fumée envahit rapidement le complexe et les conditions se dégradent brutalement.
Enseignement : la découverte du feu, l’alerte interne, l’appel des secours et l’information du public constituent des séquences distinctes. Toute hésitation organisationnelle consomme la marge disponible.
Dérouler la chronologie détaillée
Vers 20 h 35 : un feu se déclare dans la Zebra Room, alors inoccupée. Le foyer couve et la température augmente.
Vers 20 h 50 : une hôtesse aperçoit de la fumée sous la porte, l’ouvre et découvre l’incendie. Elle alerte un autre employé, qui demande à une serveuse de prévenir les secours.
Vers 21 h : Walter Bailey interrompt le spectacle dans la salle de cabaret et demande au public d’évacuer. Une partie des spectateurs reste sur place, pensant que l’annonce appartient à la représentation.
À partir de 21 h 01 : les secours sont alertés. Une fumée noire très dense envahit le bâtiment, suivie d’un développement brutal du feu. Environ 1 200 personnes cherchent alors à rejoindre les sorties dans des conditions rapidement intenables.
Le sinistre continue à gagner en intensité pendant plusieurs heures et une partie du bâtiment finit par s’effondrer. Le bilan définitif atteint 165 morts.
5. Ce qui influence le comportement des occupants
Les comportements dépendent de facteurs personnels, sociaux, architecturaux et environnementaux. Tous n’ont pas le même poids dans chaque situation : il faut raisonner par bâtiment, population, moment et scénario.
Cartographie complète des facteurs
Profil, expérience et capacités
- Âge et stade de développement
- Sexe, avec prudence d’interprétation
- Capacités physiques, sensorielles et cognitives
- État de santé et tolérance aux fumées
- Traits influençant l’action : anxiété, leadership, rapport à l’autorité
- Expérience antérieure du feu
- Formation et connaissance des consignes
- Familiarité avec le bâtiment et ses issues
- Langue et compréhension du message
- Culture et normes sociales
État momentané et activité
- Sommeil et niveau de vigilance
- Alcool, drogues ou médicaments
- Stress, anxiété et surcharge cognitive
- Pression temporelle ressentie
- Activité en cours
- Engagement dans une tâche ou une attente
- Sentiment de sécurité dans le bâtiment
- Exposition répétée aux fausses alarmes
Groupe, liens sociaux et autorité
- Présence ou absence d’autres personnes
- Famille, proches et affiliation sociale
- Recherche des membres séparés
- Validation sociale et comportement grégaire
- Rôle et responsabilité dans l’établissement
- Statut de visiteur, salarié ou responsable
- Présence d’un personnel visible et formé
- Source officielle ou familière du message
- Point de focalisation : scène, enseignant, écran
Bâtiment, population et environnement
- Effectif, densité et répartition des occupants
- Usage du bâtiment, moment et évolution de l’occupation
- Localisation par rapport au feu et aux sorties
- Accès visuel à l’événement
- Complexité des volumes et des cheminements
- Position, visibilité et familiarité des issues
- Éclairage, bruit ambiant et signaux lumineux
- Portes, escaliers, rampes et irrégularités du sol
- Météo et conditions extérieures à la sortie
Indices, messages et évolution de l’incendie
- Flammes, fumée, chaleur et odeur
- Bruits, craquements et chutes d’objets
- Nombre d’indices disponibles
- Cohérence ou contradiction entre les indices
- Caractère clair ou ambigu du signal
- Comportement visible des autres occupants
- Informations sur le danger et la conduite attendue
- Surcharge d’informations ou multiplication des signaux
- Densité des fumées et visibilité résiduelle
- Effets cognitifs des gaz toxiques et de l’hypoxie
- Évolution des cheminements encore praticables
- Vitesse de développement de l’incendie
Influence sociale et accessibilité visuelle
La présence d’autres personnes peut accélérer la diffusion de l’information ou inhiber l’action. Dans un cinéma ou un théâtre, chacun voit la réaction du groupe. Dans un hôtel ou des cabines d’essayage, les cloisons isolent les occupants. Face à une situation ambiguë, voir les autres rester immobiles peut conforter l’attentisme.
Habitude et connaissance de l’établissement
Les visiteurs attendent davantage les consignes du personnel. Les habitués connaissent parfois mieux les cheminements, mais la routine peut aussi freiner le passage en mode urgence. Les occupants ont tendance à reprendre l’accès par lequel ils sont entrés, même lorsqu’une issue plus proche existe. La présence d’une signalisation ne garantit ni qu’elle sera vue ni qu’elle sera suivie.
Vigilance, sommeil, alcool et médicaments
L’activité, le bruit et la multiplication des signaux peuvent masquer l’alarme. Les locaux à sommeil présentent une difficulté particulière, notamment pour les enfants. L’alcool, certains médicaments et les drogues peuvent réduire la perception, la capacité de décision et la mobilité.
Une alarme sonore ne garantit pas le réveil des enfants
Dorothy Bruck · recherches sur l’efficacité des alarmes pendant le sommeil
Une étude australienne a exposé des enfants endormis à un signal d’alarme aigu standard, proche de 3 kHz, émis depuis le couloir et reçu à environ 60 dBA au niveau de l’oreiller. Le signal a été déclenché à deux reprises au cours de la nuit.
Pourquoi une telle différence ?
Les enfants passent une part plus importante de la nuit en sommeil profond à ondes lentes. Leur seuil de réveil auditif peut donc être nettement supérieur à celui des adultes. Le résultat ne constitue pas une valeur universelle pour tous les enfants, tous les signaux ou toutes les configurations de locaux.
Prolongements de la recherche
La revue publiée par Dorothy Bruck en 2001, The who, what, where and why of waking to alarms, puis les travaux menés avec Ian Thomas dans les années 2000 ont comparé plusieurs signaux. Dans des essais ultérieurs à 89 dBA, 43 % des enfants de 6 à 10 ans ont encore dormi malgré le signal aigu standard, tandis que les signaux graves à 520 Hz et les messages vocaux se sont montrés nettement plus efficaces.
Conséquence pour les locaux à sommeil : l’alarme sonore standard ne permet pas de présumer le réveil des enfants. Dans les internats, centres de vacances et ERP de types R ou U comportant des locaux à sommeil, la surveillance humaine, la vérification des chambres et le guidage par le personnel doivent être intégrés à l’organisation.
Groupes, familles et affiliation
Une personne seule n’agit pas comme une personne intégrée à une famille ou à un groupe. Des proches séparés au moment de l’alarme chercheront souvent à se rejoindre avant de partir. Le groupe se déplace généralement au rythme de son membre le plus lent.
Rôle, responsabilité et implication dans une tâche
Un manager, un enseignant, un soignant ou un employé conserve une autorité sociale pendant l’urgence. À l’inverse, un client absorbé par son chariot, une file d’attente ou un spectacle peut tarder à interrompre son activité. L’ordre d’évacuation doit provoquer une rupture visible avec la situation normale.

King’s Cross, Londres, 1987
31 victimes – sous-estimation initiale et développement brutal.
Le feu prend naissance sous un escalator en bois. Les voyageurs poursuivent leur trajet malgré la fumée et les flammes visibles. Le développement spectaculaire observé dans la station a ensuite été expliqué par l’effet de tranchée : les gaz chauds restent plaqués contre la pente de l’escalator et favorisent une propagation très rapide.
Enseignement : la routine et l’apparente faiblesse initiale du sinistre peuvent retarder la rupture d’activité. La dynamique du feu peut ensuite dépasser brutalement la perception humaine.

Bradford, Royaume-Uni, 1985
56 victimes – focalisation, propagation rapide et sorties compromises.
Un feu se développe sous une tribune en bois pendant le match. L’activité se poursuit alors que le foyer est visible. Le développement devient extrêmement rapide, tandis que plusieurs spectateurs tentent de rejoindre des sorties arrière dont certaines sont verrouillées.
Enseignement : dans un stade, un spectacle ou une salle de classe, il faut agir sur le point de focalisation : interrompre l’activité, éclairer, transmettre une consigne explicite et mobiliser les personnes déjà regardées par le public.
6. La fumée déclenche l’urgence et dégrade la capacité à évacuer
Le maintien de cheminements praticables dépend notamment du compartimentage et du désenfumage destiné à faciliter l’évacuation et l’action des secours.
La perception de fumée peut renforcer le sentiment d’urgence. Son exposition réduit simultanément les capacités nécessaires pour se mettre en sécurité.
Ce que la fumée modifie
- Visibilité des sorties et de la signalisation
- Vitesse de marche
- Choix de l’itinéraire
- Orientation et compréhension de l’espace
- Acceptation ou refus de traverser une zone
Ce qu’elle peut provoquer
- Irritation, toux et fermeture réflexe des yeux
- Stress et désorientation
- Altération du raisonnement et de la motricité
- Effets toxiques et hypoxie
- Incapacitation avant la sortie
Un itinéraire initialement praticable peut devenir dangereux. Les occupants et les responsables doivent recevoir des informations actualisées et disposer d’une solution de repli.
7. Cinq stratégies de mise en sécurité
Quitter immédiatement et simultanément le bâtiment n’est pas l’unique stratégie possible. Le choix dépend du type d’établissement, du compartimentage, de la localisation du feu, des capacités des occupants et des moyens d’assistance.
Évacuation simultanée
Tous les occupants quittent le bâtiment après la notification.
Évacuation progressive
Les zones les plus exposées ou les groupes prioritaires sont déplacés en premier.
Évacuation partielle
Seule la partie menacée du bâtiment est évacuée.
Transfert ou déplacement horizontal
Les occupants rejoignent un secteur protégé du même bâtiment.
Mise à l’abri préalable
Les personnes rejoignent ou restent temporairement dans une zone protégée en attendant une nouvelle consigne ou une assistance.
Ces stratégies ne sont pas interchangeables. Elles doivent correspondre aux dispositions réglementaires, aux caractéristiques constructives et aux consignes propres à l’établissement.
8. Adapter l’évacuation aux capacités des personnes
Une limitation peut être permanente, temporaire, visible ou invisible. L’organisation doit partir des capacités fonctionnelles plutôt que d’une simple étiquette de handicap.
| Besoin possible | Questions à traiter | Réponse à prévoir |
|---|---|---|
| Mobilité réduite | Escaliers utilisables ? Vitesse ? Transfert possible ? | Espace d’attente sécurisé, aide humaine, matériel adapté et solution de repli. |
| Déficience auditive | L’alarme est-elle perçue ? | Signal visuel ou tactile et notification humaine. |
| Déficience visuelle | Le cheminement peut-il être identifié ? | Guidage humain, repères perceptibles et cheminement dégagé. |
| Limitation cognitive | La consigne est-elle comprise et mémorisée ? | Message simple, répétition, accompagnement connu et entraînement. |
| Sommeil, âge ou altération temporaire | La personne peut-elle se réveiller, décider et se déplacer seule ? | Vérification humaine, assistance anticipée et effectif adapté. |
- Que peut percevoir la personne ?
- Que peut-elle comprendre ?
- Que peut-elle accomplir seule ?
- Quelle assistance faut-il prévoir ?
- Quelle solution reste disponible si cette assistance manque ?
9. Guide-file, serre-file et coordinateur : organiser l’évacuation
Les consignes affichées, les cheminements et le point de rassemblement sont nécessaires. Leur efficacité dépend de l’intervention de personnes formées, reconnaissables et capables de transmettre une information cohérente.
Coordinateur d’évacuation
Il conserve la vision d’ensemble de l’établissement et transforme les comptes rendus en information exploitable.
- Dispose d’une vision globale du plan et des secteurs
- Centralise les informations
- Suit les zones évacuées ou mises en sécurité
- Accueille et renseigne les secours
- Interdit toute réintégration non autorisée
Guide-file
Il connaît les sorties utilisables, conduit les occupants et adapte l’itinéraire si le chemin prévu devient indisponible.
- Maîtrise les cheminements de sa zone et leurs alternatives
- Dirige vers une sortie sûre
- Conduit le groupe au point de rassemblement
- Influence positivement le flux
- Signale les difficultés rencontrées
Serre-file
Il vérifie le périmètre défini, ferme la marche et rend compte sans s’exposer ni retarder sa propre sortie.
- Connaît les locaux à contrôler dans sa zone
- Vérifie sa zone sans se mettre en danger
- Ferme les portes accessibles sans retarder son départ
- Empêche les retours en arrière
- Rend compte au coordinateur

Le serre-file ne retourne pas dans une zone dangereuse et ne retarde pas son départ pour fermer des fenêtres. La mission de contrôle s’interrompt dès que les conditions menacent sa sécurité.
Le point de rassemblement
Il doit être identifié, matérialisé et implanté sans gêner l’accès aux façades, les voies engins ou l’engagement des secours. Le comptage ne doit jamais déclencher un retour spontané dans le bâtiment : toute personne manquante est signalée au coordinateur puis aux secours.
Règles au point de rassemblement
- Rejoindre le point attribué
- Rester disponible pour le comptage
- Signaler une personne potentiellement manquante
- Maintenir les accès des secours libres
- Ne jamais réintégrer sans autorisation
Le rôle déterminant des employés
Dans quatre évacuations de magasins Marks & Spencer étudiées par T. J. Shields et K. Boyce, l’influence des employés a constitué le premier déclencheur déclaré du départ.
Lecture correcte : dans cette étude, l’intervention des employés a davantage déclenché l’évacuation que l’alarme seule. Ce résultat illustre l’importance du personnel sans constituer une proportion universelle applicable à tous les ERP.
Interrompre réellement l’activité
Le public reste soumis aux codes habituels du lieu.
Son, lumière, personnel et message convergent vers une seule conduite.
| Établissement | Rupture visible à provoquer |
|---|---|
| Cinéma, théâtre, concert | Arrêter la représentation, allumer les lumières et faire intervenir la personne regardée par le public. |
| Discothèque | Couper musique et effets lumineux, rétablir un éclairage maximal et diffuser une consigne intelligible. |
| Restaurant ou commerce | Interrompre musique et service, ouvrir les cheminements prévus et engager visiblement le personnel. |
| Établissement scolaire | Faire cesser l’activité, donner une consigne unique et mobiliser les adultes responsables du groupe. |
10. Communiquer pour déclencher l’action
L’alerte attire l’attention. L’avertissement fournit les informations nécessaires pour agir. Une sirène seule indique rarement la nature, la localisation et la conduite attendue.
Le message doit être simple, crédible, audible, répété et cohérent avec les indices visibles. Une source humaine identifiable peut renforcer son effet. Lorsque la situation évolue, l’absence d’information laisse les occupants construire leur propre interprétation.
11. Prévoir les défaillances et adapter la stratégie
Un plan ne doit jamais supposer que tout fonctionnera exactement comme prévu. Une issue peut être enfumée, un dispositif peut tomber en panne, un responsable peut être absent ou une personne vulnérable peut ne pas être recensée.
Maintenir la conscience de la situation
- Où se trouvent les groupes ?
- Quels cheminements restent praticables ?
- Comment évolue l’incendie ?
- Quelles personnes nécessitent une aide ?
- Quelles informations ont été confirmées ?
Préparer une solution de repli
- Itinéraire alternatif
- Zone protégée disponible
- Remplacement d’un responsable absent
- Moyen de communication de secours
- Adaptation aux opérations des sapeurs-pompiers
Les logiciels d’évacuation peuvent représenter des flux, des temps, certains choix d’itinéraires et des comportements. Leur résultat reste dépendant des données, des hypothèses, des scénarios et de la validation du modèle. Ils n’abolissent jamais l’incertitude humaine.
12. Exercices d’évacuation incendie : observer et améliorer
Les exercices sensibilisent les occupants, vérifient l’audibilité et l’interprétation de l’alarme, testent les cheminements et les consignes, révèlent les difficultés et permettent d’améliorer l’organisation.
Les exercices et essais périodiques ont lieu au moins tous les six mois. Leur date et les observations sont consignées sur un registre tenu à la disposition de l’inspection du travail. Le champ exact de cette obligation doit être apprécié au regard des dispositions applicables à l’établissement.
Le personnel doit connaître la signification du signal d’alarme générale et, lorsqu’il existe, du signal d’alarme générale sélective. Cette information est complétée, lorsque la situation le nécessite, par des exercices périodiques d’évacuation.
Ce qu’un exercice doit réellement observer
- Délai avant la première réaction
- Compréhension de l’alarme
- Activités poursuivies
- Objets récupérés
- Recherche de proches
- Sorties réellement empruntées
- Action visible du personnel
- Assistance aux personnes vulnérables
- Encombrements et convergences
- Contrôle des zones
- Remontée des informations
- Fiabilité du comptage
- Accès des secours
- Écarts entre consignes et comportements
Les exercices sous-estiment-ils le délai réel de réaction ?
Ruggiero Lovreglio et Erica Kuligowski, Fire Safety Journal, 2022.
Les auteurs ont analysé, image par image à partir des vidéos de surveillance, le comportement de 497 étudiants pendant quatre évacuations de la même bibliothèque universitaire en Nouvelle-Zélande : deux exercices planifiés mais non annoncés aux occupants et deux évacuations imprévues provoquées par de fausses alarmes.
Ce qui allonge la pré-évacuation
Ce que cela change pour les ERP
Un exercice permet de vérifier l’alarme, les cheminements et l’organisation. Lorsqu’il est anticipé par les participants, il risque cependant de réduire artificiellement les hésitations, la recherche d’information et les actions préparatoires. Des exercices sans préavis pour les occupants peuvent fournir une observation plus réaliste de la réaction initiale, à condition d’être préparés par l’encadrement, compatibles avec l’activité et conduits sans créer de danger.
Pour les guide-files et serre-files, le véritable indicateur ne se limite donc pas au temps final : il faut observer leur capacité à interrompre l’activité, donner une consigne crédible, empêcher la récupération d’objets et transformer rapidement l’hésitation collective en mouvement organisé.
Référence : R. Lovreglio et E. Kuligowski, A pre-evacuation study using data from evacuation drills and false alarm evacuations in a university library, Fire Safety Journal, vol. 131, 103595, 2022.
Les fausses alarmes et la complaisance
L’accumulation d’alarmes injustifiées dégrade la crédibilité du signal et favorise l’attentisme. Aucun nombre universel d’alarmes ne permet de fixer un seuil de perte de confiance. Après un déclenchement injustifié, l’établissement doit expliquer la cause, corriger le dysfonctionnement et informer les occupants des mesures prises.
13. Idées reçues sur l’évacuation incendie
14. Questions fréquentes
Quelle différence entre pré-évacuation et déplacement ?
Une alarme incendie suffit-elle à faire évacuer un ERP ?
Pourquoi les occupants utilisent-ils leur entrée habituelle ?
Le guide-file et le serre-file sont-ils toujours obligatoires ?
Faut-il toujours évacuer tout le bâtiment ?
Comment prendre en compte une personne en situation de handicap ?
Que faut-il mesurer pendant un exercice ?
Peut-on retourner chercher une personne manquante ?
Pour vérifier les connaissances associées à la sécurité incendie, consultez le QCM de prévention incendie en ERP.
Sources et références
- SFPE Guide to Human Behavior in Fire, 2e édition, Society of Fire Protection Engineers, 2019.
- Kuligowski E. D., The Process of Human Behavior in Fires, NIST Technical Note 1632, 2009.
- Code de la construction et de l’habitation, article R.143-4.
- Code de la construction et de l’habitation, article R.143-7.
- Code du travail, article R.4227-39.
- Règlement de sécurité des ERP, arrêté du 25 juin 1980 modifié.
- INRS – Évacuation, intervention et consignes de sécurité.
- Shields T. J. et Boyce K. E., A Study of Evacuation from Large Retail Stores, Fire Safety Journal, 35(1), 25–49, 2000.
- Bruck D., Towards a Better Smoke Alarm Signal, synthèse des recherches sur le réveil aux alarmes, 2008.
- Bruck D., The who, what, where and why of waking to alarms: a review, Fire Safety Journal, 36, 623–639, 2001.
- Étude de pré-évacuation en bibliothèque universitaire, Fire Safety Journal, 2022.
- Online experiments and regression analysis of evacuation decisions in response to fire alarms, Fire Safety Journal, 2023.
- Occupant complacency in workplace fire evacuations, 2024.
- Fire Evacuation for People with Functional Disabilities in High-Rise Buildings, revue systématique, 2025.
- Why do people make risky decisions during a fire evacuation?, Safety Science, 2021.
- Using virtual reality to explore the effect of multimodal alarms, Virtual Reality, 2025.
- Gaps in Human Behaviour in Fires Research, Fire Technology, 2025.
Article actualisé en août 2026. Vérifier les dispositions particulières applicables au type et à la catégorie de l’établissement.
