Armement et explosifs dans les véhicules en feu : défi de taille concernant la protection des sapeurs-pompiers.

Un lance-roquettes, des armes et diverses munitions ont été découverts ce vendredi 18 novembre dans un box d’un parking souterrain à Evry, a annoncé le parquet de la préfecture de l’Essonne.

En 2009, déjà, l’Observatoire national de la délinquance estimait à 15 000 le nombre d’armes de guerre en circulation dans les quartiers. Les feux de véhicules sont quotidiens, et ne se situent pas toujours sur les axes routiers. Ils peuvent débuter en parc de stationnement souterrain, parking de supermarché, garage de maison , partout où pourrait se placer un véhicule. Les nouvelles énergies permettant de motoriser les véhicules et les risques indus ont été identifiés et une note de doctrine opérationnelle publiée par la DGSCGC. Les sapeurs-pompiers, formés à intervenir sur le transport de matières dangereuses dont notamment les matières chimiques ou radioactives par exemple, font aujourd’hui face à une menace pour le moins préoccupante : intervenir dans l’urgence en présence d’armes de guerre.

Rappel balistique

Tenant compte des chiffres annoncés dans l’introduction , nous nous doutons bien que le transport légal ou illégal d’armes de guerre est quotidien sur le réseau routier français. L’ arme de guerre la plus répandue est assurément le modèle AK-47 sous ses différentes formes d’évolution: AK-M, AK-74M. Cette arme est un fusil d’assaut conçu par le militaire soviétique Mikhaïl Kalashnikov. Son coût très faible, sa robustesse, sa fiabilité et sa grande facilité d’entretien le rendent extrêmement populaire et largement produit. Selon certaines estimations, il existerait 100 millions de kalachnikovs dans le monde, soit un AK-47 pour 70 êtres humains. Mais cette Kalashnikov, facile d’utilisation, robuste et difficilement mise en défaut, se révèle être un danger vital pour les sapeurs-pompiers. Deux calibres existent : le 5.56 mm et le 7.62 mm.

Le calibre 7.62 est définitivement plus perforant. Le calibre 5,56 est plus précis. Pas de doutes sur ce point. La 7.62 accomplit exactement les objectifs fixés lors de sa conception: atteindre la zone vitale d’un humain à 200 mètres tout en pouvant traverser des obstacles denses.

De plus, la Kalashnikov ne mesure que 87 cm, c’est dire à quel point elle peut se dissimuler partout. Avec des chargeurs de 30 cartouches, un portée maximale de 1500 mètres , une portée utile de 200m à une cadence de 600 coups/minute , il n’y a plus de doute, le danger est considérable.

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Apres ce focus volontaire sur la Kalashnikov et sans épargner toutes les autres armes répandues de manière illégale, il est me semble-t-il crucial de partager quelques points génériques de balistique actuelle. La conception des munitions est faite de sorte que la munition délivre toute son énergie à la victime, pénètre le corps , rebondisse entre les différentes parties osseuses et blesse un maximum le sujet. Mais dans le cas d’une explosion d’une ou plusieurs munitions, la trajectoire sera déviée par tout obstacle, en l’occurrence une carcasse métallique de véhicule en feu. Il est donc impossible de déterminer au préalable la trajectoire d’une ou plusieurs munitions impliquées dans un feu de véhicule.

Les munitions explosives et assimilés.

Il est certain que le transit de munitions de type grenade à main est présent sur notre territoire. Les grenades à main se classent en trois catégories : la grenade « défensive », « offensive » et « spéciale ». La première a pour objectif de saturer une zone en éclats métalliques, tandis que la seconde contient une charge explosive plus élevée, ce qui la rend plus destructrice dans les environnements confinés. La troisième catégorie rassemble toutes les grenades qui ont un objectif prédéfini : la destruction de matériel pour la grenade incendiaire, le marquage de cibles pour la fumigène, la destruction de véhicules avec l’antichar et la neutralisation des ennemis ou des émeutes avec les grenades « flash bang » et lacrymogènes. Prenons pour exemple la grenade défensive , modèle très répandu dans le trafic illégal. Son rayon d’action des de 30 à 45 mètres. Cela veut donc dire que cette grenade va saturer d’éclats métalliques une zone approximativement de 50 mètres de diamètre. Or lors de l’extinction d’un feu de véhicule les sapeurs-pompiers ce tiennent au plus près de l’automobile incendiée. La portée maximale d’une lance à main entre 250 et 500 litres/ min est comprise entre 18 et 22 mètres. N’oublions pas non plus les lance-grenade. Nous prendrons pour exemple le modèle russe RPG-7 qui est un lance grenade propulsée par roquette non guidée, antichar, portatif et réutilisable. Son action, anti-char donc anti véhicules en générale porte l’efficacité de son action jusqu’à 200 mètres.

De plus, le principe de la mine anti-personnel type Claymore est d’associer à une charge explosive à des shrapnels sur une distance d’à peu près 100 mètres sur un arc de 60 ° dans la direction de l’avant de l’engin. Aujourd’hui les Engins explosifs Improvisées (EEI) sont monnaie courante d’actes malveillants. Afin d’éviter tout soupçon, les apprentis constructeurs se munissent de matériaux et matériels de grande consommation. Baril de lessive, pot de peinture, téléphones portables, interrupteurs domestiques, clous , vis , boulons sont autant de composants que l’on retrouve dans les constructions d’EEI. D’un aspect commun et familier on ne saurait soupçonner un danger aux effets dévastateurs, dont une portée létale de plusieurs dizaines de mètres.

Modes opératoires et dispositifs de protection.

En employant le terme modes opératoires dans sa forme plurielle, j’insiste sur le fait qu’il ne serait pas raisonnable d’adopter un seul et unique mode opératoire. Le contexte de l’intervention est un facteur déterminant de la stratégie d’extinction utilisée. Transport d’armement légal, illégal, sapeurs-pompiers prévenus du risque, connaissance du risque par le personnel, contexte spatial, risque de propagation du feu, ou danger pour les personnes sont autant d’éléments qui permettent une réflexion certes rapide mais déterminante dans la solution retenue pour l’extinction d’un véhicule en feu. Il semble que si l’extinction s’avère nécessaire et absolue afin de préserver l’intégrité physique de personnes environnantes, ou victimes alors déjà nous pouvons nous dire que la protection derrière des écran(s) semble le premier réflexe à avoir. Mur solidement ancrés dans le sol au mieux, boucliers par balles pour un dispositif peu maniable mais permettant de s’approcher du véhicule, sont autant de réflexions à mener par la personne ayant la responsabilité de son équipe. Un large périmètre de sécurité sera à établir et un confinement ou une évacuation des personnes autour sans s’exposer au risque , une évidence.

Les sapeurs-pompiers toujours les premiers à faire face, sont perpétuellement soumis au risque qu’il soit d’origine humaine, malveillante ou non, naturelle ou technologique. L’ approche risque des feux de véhicules, part non négligeable de la profession est en perpétuelle évolution. La concertation et la conjugaison de tous les efforts et à tous les niveaux sont nécessaires afin de pouvoir, me semble-t-il, exercer le plus beau métier du monde dans des conditions de sécurité encore acceptables.

décembre 2, 2016

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